top of page

SINGLE POST

Un lien qui influence profondément notre manière de traverser la maladie ?

  • 22 mai
  • 5 min de lecture

Il y a des personnes qui survivent à des diagnostics lourds sans que les médecins sachent vraiment expliquer pourquoi. Et d’autres qui, malgré des traitements identiques, semblent décliner plus vite que prévu.

Depuis plusieurs décennies, la science observe un phénomène troublant, la qualité des liens humains et de liens avec notre monde intérieur, semblerait-elle influencer profondément notre manière de traverser la maladie ?

D'un point de vue de notre biochimie ?


Le soutien émotionnel, le sentiment d’être aimé, entouré, reconnu ou simplement attendu quelque part modifient concrètement des mécanismes physiologiques liés au stress, à l’inflammation, à la douleur et même à la récupération.


L’être humain n’est pas seulement un organisme, il est aussi un système relationnel qui interagit avec son environnement.

Et peut-être que l’une des plus grandes erreurs de notre époque a été de croire qu’un corps pouvait guérir indépendamment de ce qu’il vit émotionnellement, socialement ou affectivement ?



Quand le lien devient un facteur de "sur"vie


Pendant longtemps, l’amour a été considéré comme un sujet poétique, philosophique ou intime, rarement comme un sujet de santé publique.


Pourtant, les recherches en psychoneuroimmunologie montrent aujourd’hui que l’isolement social chronique augmente significativement les risques de maladies cardiovasculaires, d’inflammation persistante, de dépression, de troubles immunitaires et de mortalité prématurée.

Certaines études vont même jusqu’à comparer l’impact de la solitude chronique à celui du tabagisme ou de l’obésité sur la santé globale.


Le chercheur Cyril Tarquinio, spécialisé notamment dans les liens entre traumatisme, résilience et santé, rappelle que les expériences relationnelles influencent profondément notre manière de vivre la maladie, la douleur et la reconstruction.

Ce n’est pas seulement “dans la tête”.


Le corps enregistre tout :

  • la sécurité

  • le rejet

  • l’abandon

  • la douceur

  • la tension

  • le regard des autres

  • la manière dont on est touché, écouté, accueilli ou ignoré


Chaque relation devient, d’une certaine manière, une expérience physiologique.



Certaines personnes tiennent grâce au lien


On connaît tous quelqu’un qui “a tenu” pour ses enfants, pour un amour, pour une présence, pour un projet, pour quelqu’un qui croyait encore en lui quand lui-même n’y croyait plus. Est-ce qu'il est possible que plusieurs facteurs "plus grands", plus porteurs de sens, puissent donner cette force insoupçonnée intérieure ?


La médecine parle souvent de pronostic. Les êtres humains, eux, parlent parfois d’attachement.

Dans les services hospitaliers, certains soignants observent depuis longtemps que deux patients présentant des tableaux médicaux similaires ne traversent pas forcément l’épreuve de la même manière.

L’un s’effondre rapidement, tandis que l’autre développe une forme de résilience intérieure difficile à mesurer. Bien sûr, il ne s’agit pas de romantiser la maladie ni de prétendre que l’amour suffit à guérir, ce serait cruel et faux.


Toutefois, il existe une différence immense entre souffrir se sentant seul… et souffrir en se sentant accompagné. Entre traverser une douleur dans un environnement où l’on doit constamment "mener une bataille" ou bien, au contraire, être entouré par des personnes qui permettent au système nerveux de se relâcher la pression, ne serait-ce qu’un peu, et être moins dans un état d’alerte permanent. Car le corps humain ne vit pas seulement de nutriments et de traitements; il vit et se construit aussi à travers un tas d'éléments non perceptibles comme le "wifi" de notre corps, nos croyances, nos valeurs, notre sécurité, nos émotions, ... .



Le corps ne fait pas la différence entre une menace physique et une menace relationnelle


Être ignoré, humilié, abandonné ou constamment invalidé émotionnellement active dans le cerveau des zones proches de celles impliquées dans la douleur physique. Autrement dit, certaines relations blessent réellement le corps.


À l’inverse, le soutien émotionnel stable réduit la production chronique de cortisol, améliore certains marqueurs immunitaires et favorise une meilleure récupération physique et psychologique. On commence aujourd’hui à comprendre que le lien humain agit comme un régulateur biologique. Un regard apaisant, une présence simple et stable, une personne qui rassurante, quelqu’un auprès de qui l’on n’a pas besoin de performer, ... Tout cela a une influence silencieuse sur notre système nerveux. Et dans une époque où beaucoup vivent dans une hyperadaptation permanente, cette réalité devient vertigineuse.



Beaucoup de femmes vivent dans un état d’épuisement relationnel invisible


Elles prennent soin des autres, anticipent, portent, soutiennent, rassurent, et vivent parfois dans des environnements où elles-mêmes ne se sentent ni soutenues, ni comprises, ni réellement accueillies dans leur vulnérabilité. Certaines deviennent extrêmement performantes dans la gestion du quotidien… tout en étant profondément seules intérieurement.


Et cela finit parfois par se voir dans le corps :

  • douleurs chroniques

  • fatigue persistante

  • inflammations

  • troubles du sommeil

  • dérèglements hormonaux

  • épuisement émotionnel

Non pas parce que “tout est psychologique”. Bien parce qu’aucun organisme vivant n’est conçu pour rester durablement en état de tension relationnelle. Après tout, une graine sait germer que dans des conditions qui lui sont favorables, sinon elle restera le temps qu'il faut dans l'état de graine.



L’amour de soi n’est peut-être pas ce qu’on croit


Le problème, c’est que l’expression “s’aimer soi-même” a été tellement vidée de sa substance qu’elle finit souvent par sonner creux, un peu comme une injonction de plus ajouté au tableau des obligations.


Et si apprendre à se traiter avec moins de violence intérieure pourrait réellement modifier la manière dont on traverse la maladie ?


Certaines personnes vivent avec un dialogue interne d’une brutalité permanente :“tu exagères”, “tu devrais faire plus”, “pourquoi tu n’y arrives pas, d’autres y arrivent bien, eux ...”, “tiens bon”, “tu as vu pire que ça" , "ne dérange pas”, ...


À force, le corps ne devient plus un lieu d’habitation… mais un territoire sous pression. Parfois, le chemin de la guérison commence moins par une performance supplémentaire que par un changement de relation intérieure. Peut-être par la possibilité, enfin, de ne plus se traiter comme un ennemi ?



Existe-t-il des environnements qui favorisent la guérison ?


On parle beaucoup des traitements, pas assez des contextes humains dans lesquels ils sont vécus. Or, certaines personnes passent leur vie dans des environnements où elles doivent constamment se durcir pour survivre émotionnellement.

D’autres rencontrent enfin un espace, un thérapeute, un partenaire, un ami, une communauté, parfois même une seule personne, ... où leur système nerveux cesse momentanément de lutter, et, ce relâchement change tout !


Parce qu’on ne récupère pas de la même manière dans un climat de peur que dans un climat bienveillant, doux et sécuritaire.



Peut-être que la véritable révélation n’est pas nouvelle


Peut-être que ce qui bouleverse aujourd’hui la science, ce n’est pas de découvrir que l’amour influence la santé.

Peut-être est-ce simplement de réaliser à quel point nous avions sous-estimé cette évidence.

L’être humain n’a jamais été conçu pour traverser seul la douleur, la maladie ou l’existence.

Nous sommes des organismes biologiques, oui, et également des êtres de lien.

Et parfois, ce qui aide un corps à continuer, ce n’est pas uniquement ce qui le soigne.

C’est aussi ce qui, malgré la douleur, lui redonne une raison de rester vivant.

 
 
 

Commentaires


bottom of page